Véronique Guirimand, Directrice Etudes Travaux et Achats interrogée sur le volet renaturation et sécurisation des espaces à risques

Au titre d’établissement public foncier, dont l’une des prérogatives est de lutter contre l’étalement urbain, comment œuvre-t-on en matière de préservation des ressources naturelles et de la biodiversité ?

Par essence et de façon principale, nous préservons la nature en évitant qu’elle soit consommée par l’urbanisation et en facilitant le réemploi du foncier déjà anthropisé. Au cours de notre intervention cependant et en particulier parce que nous réalisons des travaux de proto aménagement, nous sommes particulièrement attentifs à la présence d’espèces protégées pour assurer la compensation des habitats qui seraient touchés par nos travaux de désamiantage et de démolition. Cela suppose de construire des collaborations avec la LPO, avec des écologues ainsi qu’avec la DREAL. Au-delà, par notre démarche d’expérimentation sur la renaturation, nous faisons aussi évoluer nos manières de faire pour développer des projets qui intègrent les enjeux de refonctionnalisation des sols et de biodiversité. Nous menons des études avec des écologues et des pédologues pour faire un état des lieux de l’existant et construire un projet qui tienne compte du potentiel existant que ce soit pour définir les gains écologiques à atteindre et la trajectoire pour y arriver que pour définir les travaux de proto aménagement que nous réalisons en maîtrise d’ouvrage. L’innovation que représente la renaturation nous a poussé à changer de regard et à acquérir de nouvelles compétences.

Quelles mesures ont été nécessaires pour intégrer ces nouvelles compétences dans les projets ?

En 2023 et 2024, pour chacun des trois sites retenus au titre de cette expérimentation, nous avons construit, en lien avec la collectivité, une méthode de projet adapté au contexte du site, puis nous avons recherché des bureaux d’études avec des compétences en matière de biodiversité et de sols qui amènent des éléments de connaissance nouveaux et qui doivent aussi collaborer avec les bureaux d’études que nous allions déjà chercher dans le cadre classique de nos opérations. Il s’agit de dresser un inventaire écologique sur les sites pour construire toute la démarche de proto aménagement portée par l’EPORA et de renaturation portée par la collectivité. Et en général sur des sites en friche, la nature a commencé à reprendre ses droits.

Dans le cadre de ce processus d’expérimentation à la renaturation quels ont été les principaux défis rencontrés ?

Celui de la gestion du temps. Quand il faut inventer de nouveaux modes de faire, cela demande de prendre le temps d’investir le sujet et on apprend en avançant. Avec ces premiers retours d’expérience, nous serons davantage en mesure d’optimiser les processus. Le temps aussi parce que pour ce type d’opération, nous sommes sur du temps long, que ce soit en phase d’études quand il faut réaliser un inventaire quatre saisons, que ce soit sur le temps de projet qui suppose de suivre la manière dont la nature se réinstalle dans le temps, que ce soit sur la destination qui doit être protégée à moyen et long terme au regard des efforts financiers que cela représente pour la puissance publique. Le vivant se dégrade vite mais il met longtemps à se reconstituer. Le prochain défi sera de mettre en œuvre de façon opérationnelle ces exigences écologiques pendant notre phase de travaux et notamment au travers de la gestion des matériaux et déchets de nos opérations qui ne pourront peut-être pas être réemployés de la même manière que quand le foncier est destiné à être réaménagé pour une destination de construction. L’expertise mobilisée doit aussi nous permettre d’identifier ce qui est compatible avec la reconstitution d’un sol vivant.

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